FAQ : Mythes et mensonges sur les personnes trans

Depuis quelques temps nous voyons se développer une rhétorique anti-trans en France.

Sans être pour le moment une vague, cette petite musique s’invite désormais régulièrement dans certains médias notamment conservateurs et semble être devenue le fond de commerce de certain.e.s entrepreneur.e.s de « panique morale » (l’instrumentalisation des peurs envers les minorités).

Aussi nous a-t-il paru nécessaire de « débunker » ces arguments, c’est à dire les déconstruire et révéler les convictions cachées qui se cachent derrière un vernis se présentant comme féministe et protecteur vis-à-vis de l’opinion publique.

Vous trouverez ci-dessous les principaux arguments régulièrement mis en avant dans leur discours, et en cliquant sur chacun les explications de pourquoi ils sont trompeurs ou erronés.

Lire notre à propos : Pourquoi « débunker » les arguments anti-trans ?

— Le collectif Toutes des Femmes

1 – « Les femmes trans sont des hommes déguisés en femmes »

A – L’argument biologique : « Les femmes trans ne seront jamais de vraies femmes »

De nombreuses femmes cisgenres n’ont jamais leurs règles, ont des taux de testostérone élevés, sont nées sans utérus ou sont stériles. Sont-elles moins des femmes ?

Si l’idéologie patriarcale va dans ce sens, blâme et condamne ces femmes, en tant que féministes nous ne pensons pas que certaines femmes soient moins femmes que d’autres. Aucune ne doit souffrir du fait de ses capacités réelles ou attendues.

Cet argument ignore aussi que beaucoup de personnes trans, au cours de leur transition, font changer plusieurs de ces facteurs. Leur physiologie ou leurs taux hormonaux sont souvent proches de ceux de la plupart des femmes cisgenres.

Source : https://www.crepegeorgette.com/2014/03/23/fausto-sterling-cinq-sexes/ 

Les sexes des femmes varient grandement d’une femme à l’autre. Comme pour les chromosomes ou les capacités reproductrices, nous ne connaissons généralement pas les parties génitales des personnes qui nous entourent.

Dans la plupart de nos interactions quotidiennes, ce que les gens autour de nous ont entre les jambes ne joue aucun rôle. Si les hommes agressent les femmes, ce n’est pas parce qu’ils ont un pénis mais parce qu’il existe tout un système patriarcal qui encourage et cautionne leurs actes. Par ailleurs, toutes les femmes trans n’ont pas de pénis.

Généralement, les personnes qui disent qu’on leur reproche d’avoir affirmé que « le sexe existe » ont en fait tenu tout un discours transphobe et choisissent de ne mettre en avant que cette affirmation qui semble de bon sens.

Cette affirmation constitue un slogan de ralliement pour les personnes transphobes. Elles n’affirment pas seulement l’existence du sexe biologique, mais que la biologie est plus importante que le social, c’est à dire que le fait d’être homme ou femme serait inaltérable et entièrement déterminé par la biologie.

Traditionnellement, la plupart des féministes en France ont lutté contre le fait de ramener les femmes à leur biologie. Comme l’écrivait Simone de Beauvoir : « On ne nait pas femme, on le devient ».

Source : https://www.franceculture.fr/emissions/la-fabrique-de-lhistoire/la-fabrique-des-corps-14-le-corps-au-coeur-du-deuxieme-sexe

Les militantes et militants transphobes parlent beaucoup de la biologie, qu’ils voient comme irréfutable. Mais la plupart de leurs arguments se basent sur des idées préconçues et fausses de la biologie.

Le sexe en biologie est une question complexe, à la fois génétique, hormonale, anatomique et morphologique. On estime que 2% des gens présentent à la naissance une variation de l’un ou l’autre de ces éléments, notamment des variations génétiques. C’est bien plus que de personnes trans !

De plus, réduire les femmes à ce qu’elles ont entre les jambes et à leurs capacités reproductrices est l’argument le plus sexiste possible. Lorsque l’on vit et évolue chaque jour dans le monde en tant que femme, la biologie n’est pas la question.

Les femmes ont toujours été victimes des arguments basés sur ces prétendues ou réelles différences biologiques, qui les enferment dans des rôles sociaux restreints. La plupart des féministes qui ont fait progresser les droits des femmes ont contesté une vision essentialiste de la biologie. Il est donc hypocrite d’utiliser la biologie pour rejeter les femmes trans hors du groupe des femmes, particulièrement au nom du féminisme.

B – L’argument de la socialisation « Les femmes trans ne sont pas des femmes parce qu’elles ont vécu toute leur vie en tant qu’homme »

Certaines femmes trans transitionnent très jeunes et n’ont jamais été ni perçues ni traitées en tant qu’homme.

Les privilèges masculins ne sont pas irrévocables. Par exemple, si les femmes parlent moins fort et coupent moins la parole dans un groupe, ce n’est pas parce qu’elles ne savent pas le faire : c’est parce qu’elles sont réprimandées lorsqu’elles le font. C’est aussi ce qui arrive aux femmes trans dès qu’elles sont perçues comme femme.

Le déclassement des femmes trans est un processus rapide et violent. Croire que les comportements des hommes et des femmes seraient impossibles à changer après l’enfance est non seulement d’un fatalisme désespérant mais relève d’une vision essentialiste et sexiste de la féminité.

Source : https://laviedesidees.fr/La-multiplicite-du-genre.html

Les femmes vivent le sexisme dès qu’elles sont perçues en tant que femme. Comme toutes les femmes, elles subissent le dénigrement, le harcèlement de rue et sexuel, le viol et les tentatives de viol, etc. On parle de transmisogynie lorsque ce phénomène est croisé à la transphobie.

Source : https://www.humanite.fr/discriminations-sexisme-et-violences-quelles-luttes-contre-la-transphobie-697084

Il n’y a pas d’expérience féminine universelle. Les inégalités économiques, le racisme, l’orientation sexuelle, le souhait et/ou la capacité à enfanter entre autres interviennent dans nos expériences de ce qu’est être une femme.

La transidentité n’est qu’un énième paramètre à prendre en compte. Comme l’ont déjà démontré des militantes féministes racisées ou lesbiennes, le féminisme ne peut se contenter d’œuvrer pour une seule catégorie de femmes.

Source : https://www.lesinrocks.com/2020/02/28/actualite/societe/pourquoi-loeuvre-de-julia-serano-a-marque-le-transfeminisme/

Les femmes trans subissent le sexisme comme toutes les autres femmes. Même si elles ont été traitées comme des hommes une partie de leur vie, elles ne gardent pas les privilèges masculins.
Enfin, même si elles sont perçues comme trans, les femmes trans subissent ce qu’on appelle la transmisogynie : parce que dans la société patriarcale, les hommes pensent être supérieurs aux femmes, ils punissent encore plus durement les femmes qui auraient renoncé à être des hommes. C’est ce qui explique le grand nombre d’assassinat de femmes trans dans le monde.

Il n’y a rien de naturel dans l’agressivité masculine.

Croire que la violence est dans la « nature masculine » et non un produit du patriarcat, c’est admettre qu’on ne peut rien y faire, et c’est un discours qui excuse les agresseurs.

En transitionnant, les femmes trans perdent le soutien du patriarcat. Elles sont avant tout du côté des victimes, pas des agresseurs.

Source : https://www.marieclaire.fr/le-sexisme-une-affaire-d-hommes-valerie-rey-robert-crepe-georgette-interview,1354594.asp

C’est malheureusement déjà le cas pour de nombreuses femmes trans en France et dans le monde.

Face au danger que la situation représente pour elles, on les maintient d’ailleurs à l’isolement afin qu’elles ne soient pas agressées par des hommes.

Encore une fois, on confond victimes et agresseurs : prétendre s’inquiéter de la raison pour laquelle ces personnes sont en prison et du sort des femmes incarcérées uniquement dans le cadre d’une lutte anti-trans est profondément hypocrite.

Source : https://www.huffingtonpost.fr/entry/cette-femme-transgenre-enfermee-dans-une-prison-pour-hommes-raconte-sa-detention_fr_5cf7da1ce4b067df5ca1bf3d

Les statistiques montrent que les femmes trans sont une population particulièrement susceptible d’être victimes d’agressions dans l’espace public.

Les contraindre à aller dans les toilettes des hommes serait les exposer à un risque réel, alors que le risque pour les femmes cis d’être agressées par une femme trans n’est basé sur aucune réalité.

Les femmes trans utilisent les toilettes et vestiaires des femmes depuis toujours, mais il n’existe pas de cas avéré de ce genre d’agression.

Source : https://www.glaad.org/publications/debunking-the-bathroom-bill-myth

Alors que les agressions par des femmes trans ou des hommes travestis restent une hypothèse, les chiffres montrent une autre réalité : les hommes n’ont nullement besoin d’user de tels subterfuges pour commettre des agressions, ils le font déjà sans avoir besoin de se travestir.

Par ailleurs, la volonté de contrôler qui est une « vraie femme » mène déjà dans certains lieux à des altercations et des gênes pour toutes les femmes, cis comme trans, notamment les lesbiennes, qui ne correspondent pas aux standards de la féminité.

Les aînées de la communauté lesbienne se souviennent de l’époque où on débattait encore de les exclure de ces lieux avec des arguments similaires.

Source : https://www.ined.fr/fr/publications/editions/grandes-enquetes/violences-et-rapports-de-genre/

Il est impossible de nier que parfois des personnes trans ont commis des agressions, comme il arrive dans tout groupe social.

Aussi est-il facile pour les militants anti-trans de monter ces affaires en épingle sans considérer le nombre bien plus grand d’agressions commises par des personnes cis, hommes ou femmes, ou bien le nombre d’agressions dont sont victimes les personnes trans, bien plus vulnérables de par leur condition sociale souvent très précaire.

Source : https://fra.europa.eu/sites/default/files/eu-lgbt-survey-results-at-a-glance_fr.pdf

Les lesbiennes et les femmes bisexuelles sont particulièrement concernées par les violences sexuelles et il est évident que le sujet de leur protection n’est pas à prendre à la légère.

Les femmes trans sont aussi concernées par ces violences, et dans tous les cas il y a un point commun : 94% des violences sexuelles sont le fait d’hommes. Pas de femmes trans.

Par ailleurs, l’exclusion des femmes trans de relations avec une femme cis est le choix de ces dernières, choix sur lequel les femmes trans n’ont pas de droit de refus, aussi insultées et discriminées puissent-elles se sentir.

Source : https://www.ined.fr/fr/publications/editions/document… et https://www.researchgate.net/publi…

Autorisées à participer aux JO depuis 2004, aucune femme trans n’a pour le moment été titrée.

L’argumentaire biologique est brandi comme une preuve de l’inévitable suprématie à venir des femmes trans dans les compétitions féminines. Si des victoires anecdotiques et des études biaisées sont avancées comme démonstration, il y a déjà de nombreux d’athlètes trans actifs en compétition, et ils ne trustent pas les podiums.

De plus, les contrôles (de testostérone en particulier) imposés aux athlètes femmes discriminent selon une norme (blanche) qui ne menace pas seulement les femmes trans.

Source : https://www.wired.com/story/the-glorious-victories-of-trans-athletes-are-shaking-up-sports/ et https://www.athleteally.org/tom-blunt-trans-women-sports/

Les femmes trans sont souvent présentées comme agressives, perverses ou opportunistes. Ces préconceptions se fondent sur un imaginaire scabreux et psychiatrisant, faisant d’elles une menace pour les autres femmes et les enfants.

Elles sont diabolisées avec un argumentaire similaire que celui qui a été agité (et l’est encore) contre les personnes gaies et lesbiennes. Les militant·es anti-trans font appel à des exemples anecdotiques, des interprétations fallacieuses ou des créations de toute pièce pour prétendre prouver cela.

Ces assertions mensongères s’appuient souvent des clichés inscrits dans la culture populaire : la figure de la femme trans « danger », « piège », « prédatrice », « usurpatrice » (Dressed To Kill, Ace Ventura, Troubled Blood de J. K. Rowling) qui s’approprie la féminité pour mieux attaquer les femmes ou piéger les hommes.

Pourtant, les femmes trans sont parmi les catégories sociales les plus précaires et victimes de violence, une violence majoritairement masculine.

Sources

Le terme « transactiviste » est une création linguistique (néologisme) des militant.e.s transphobes, dans le but de donner l’impression que celles et ceux qui luttent pour les droits et la dignité des personnes trans forment un groupe d’extrémistes séparés de l’ensemble de la communauté trans.

Ce terme leur sert à éviter le terme transgenre pour prétendre faire une différence (comme l’expression de « lobby lgbt » qui ne désignerait pas l’ensemble des personnes LGBT).

Cet épouvantail, comme celui des « islamo-gauchistes » ou des « khmers verts » permet en fait l’amalgame d’acteurs politiques divers en un grand ennemi des femmes. En réalité, les défenseurs des droits des personnes trans défendent des droits humains reconnus par l’ONU ou la Cour Européenne des Droits de l’Homme.

Source : https://www.nouvelobs.com/idees/20201027.OBS35262/l-islamo-gauchisme-comment-ne-nait-pas-une-ideologie.html et https://fr.wikipedia.org/wiki/Principes_de_Yogyakarta

Celles et ceux qui soutiennent les droits des personnes trans, dans une écrasante majorité, sont aussi des militant⋅es féministes. D’ailleurs, la très grande majorité des organisations françaises ont signé ou soutiennent notre tribune dans Libération « Le débat sur la place des femmes trans n’a pas lieu d’être ».

Dans la réalité ce sont les militant⋅e⋅s anti-trans qui s’allient à des anti-féministes, car elles trouvent très peu d’allié⋅es parmi les féministes.

Source : https://www.lgbtqnation.com/2019/01/far-right-conservative-group-aligning-radical-feminists-attack-trans-rights/

Cette affirmation se base sur un cliché de la femme trans qui serait toujours une caricature hyperféminine.

En réalité, pendant longtemps ce sont les professionnels médicaux, notamment psychanalystes, qui se sont basés sur une vision rétrograde des femmes et des hommes pour exclure des parcours de transition médicaux celles et ceux qui ne rentraient pas dans les cases.

S’il est plus facile aujourd’hui de transitionner sans se conformer à ces clichés, les personnes trans restent confrontées dans leur vie de tous les jours à une double contrainte : adhérer aux stéréotypes et se voir reprocher d’être anti-féministes, ou ne pas s’y conformer, et être accusé·e·s de ne pas être « vraiment trans.

Quoi que nous fassions face à ce discours, nous serons toujours perdantes.

Source : https://nantes.indymedia.org/articles/43572

Les personnes trans ne constituent pas un seul bloc et leurs opinions sont variées. Des débats sur des stratégies, des concepts ou du vocabulaire, traversent le mouvement féministe.

Les personnes trans se positionnent bien sûr dans ces débats, comme toutes les militantes féministes. Cependant, c’est une stratégie courante pour quelques militantes transphobes de faire passer ces prises de positions pour des attaques contre le féminisme, en feignant d’ignorer que d’autres militant⋅es trans peuvent très bien être d’accord avec elle.

Beaucoup de concepts anti-féministes se retrouvent cependant chez les militant⋅es transphobes : ils poussent une conception essentialisante des femmes, réduites à leurs organes génitaux et reproducteurs.

Source : https://www.liberation.fr/debats/2020/02/26/le-debat-sur-la-place-des-femmes-trans-n-a-pas-lieu-d-etre_1779708/

Toute critique faite par ou au nom des personnes trans semble pouvoir être affublée du label « cancel culture », tandis que les critiques faites aux « transactivistes » seraient, elles, toujours légitimes.

Dans les faits, les personnes trans n’ont pas le pouvoir « d’annuler » qui que ce soit, quand bien même elles le souhaiteraient. Après avoir été « cancel », JK Rowling a vendu plus de romans qu’elle ne l’avait jamais fait depuis la fin d’Harry Potter. Après avoir été critiquée pour ses prises de position jugées transhpobe, la philosophe Kathleen Stock a reçu l’ordre du mérite britannique.

La violence et l’effet de masse de certaines critiques ne doivent pas remettre en cause la réalité dangereuse des propos transphobes dénoncés.

Source : https://www.praile.net/post/kathleen-stock-obe

« À cause des trans, n’importe qui peut prétendre être une femme » ; « Chez les féministes le camps des anti-trans est majoritaire », etc. il existe de multiples variantes de cet argument du danger pour le féminisme.

Au-delà de l’image d’individus tentant d’infiltrer toilettes, prisons et compétitions sportives pour leur bénéfice, le fantasme d’un « transactivisme » qui infiltrerait les milieux féministes est très présent. On lit qu’il peut s’agir d’un complot pour détruire les mouvements féministes, d’une tentative de réappropriation et de contrôle d’un espace par des hommes.

Pourtant, les femmes trans ont toujours été actrices de luttes à la convergence du féminisme et des droits LGBTQI, sans pour autant prendre le pouvoir.

Nos vies et nos droits sont à conquérir et défendre ensemble, et il y a de la place pour nous toutes dans ces combats.

Il n’existe pas de protocole de transition médicale pour les enfants. On parle de transition sociale pour les enfants, qui peuvent changer de prénom, de pronoms, de garde-robe.

Un·e adolescent·e aujourd’hui pourra commencer une transition médicale, qui consiste à prendre des inhibiteurs d’hormones, parfois appelés retardateurs de puberté. Ces traitement sont sans danger et n’ont aucun effet irréversible, il suffit de les arrêter pour que la puberté reprenne son cours.

Source : https://en.wikipedia.org/wiki/Puberty_blocker et https://www.politicalresearch.org/2021/01/30/aberration-common-sense

Aucune opération chirurgicale (mammectomie, vaginoplastie…) n’est pratiquée avant la majorité en France sur des jeunes trans.

Source : https://www.transparis.fr/faq-mf.html

Ce qui semble soudain pour les proches est en fait souvent la révélation d’un travail sur soi de longue haleine qui n’est pas motivé par des pressions extérieures.

Le corps médical n’encourage pas les transitions : il est généralement au mieux mal formé, et au pire transphobe et contre tout accompagnement. De plus obtenir des médecins français les ordonnances nécessaires pour débuter une transition est bien souvent un parcours du combattant, qui prend souvent plusieurs années.

Source : https://www.observatoire-des-transidentites.com/2018/10/17/du-cissexisme-comme-systeme/

L’homosexualité est généralement beaucoup mieux perçue aujourd’hui que la transidentité. Il arrive que l’entourage et les médecins essaient de dissuader les personnes trans de transitionner en leur disant qu’elles refoulent leur homosexualité.

Cet argument ignore aussi que tous les hommes trans ne sont pas attirés par les femmes et toutes les femmes trans ne sont pas attirées par les hommes. L’orientation sexuelle et le genre (sexe social) sont deux choses totalement différentes.

D’ailleurs, beaucoup de personnes trans homosexuelles se voient refuser des soins en raison de leur orientation sexuelle, qui est perçue comme hétérosexuelle avant leur transition.

Source : https://www.florenceashley.com/uploads/1/2/4/4/124439164/ashle… (pdf)

Si le nombre de transitions augmente chez les jeunes, c’est simplement grâce à un meilleur accès à l’information sur le sujet. Par ailleurs il est tout à fait naturel qu’une personne en questionnement gravite vers les sources d’informations et forums trans sur internet.

Source : https://medium.com/@juliaserano/transgender-agendas-social-contagion-peer-pressure-and-prevalence-c3694d11ed24

L’étude en question a été dépubliée après que de nombreuses critiques sur sa méthodologie ont été soulevées. Loin d’être censurée, elle a ensuite été republiée en précisant qu’elle ne porte que sur la perception que des parents (fréquentant des forums transphobes où leur témoignage a été recueilli) ont de la transition de leur enfant, et en rien sur la réalité de celle-ci.

Source : https://juliaserano.blogspot.com/2019/02/origins-of-social-contagion-and-rapid.html

Les « détransitions » sont en fait un phénomène relativement rare qui concerne environ 5% des personnes entamant un transition.

Elles sont le plus souvent temporaires, motivées par l’expérience du rejet vécue par les personnes trans. La plupart de ces personnes finissent par transitionner à nouveau quelques mois ou quelques années plus tard, le taux de détransition définitives est inférieur à 1%.

Source : https://www.stonewall.org.uk/about-us/news/dispelling-myths-around-detransition

Croire qu’une extrême minorité de la population, encore méprisée ou mal connue par beaucoup, est en contrôle de l’appareil médiatique est un fantasme. Le progressisme à géométrie variable des médias n’est que le reflet de ce qu’une partie du public souhaite voir. L’existence des personnes trans n’est pas en soi une propagande. Cette croyance n’est que la conséquence de leur longue invisibilité.

La représentation des personnes trans permet aux personnes concernées de mieux se comprendre et de savoir qu’elles ne sont pas seules. Elle a augmenté ces dernières années, suivant celle des personnes LGBT en général, mais reste très limitée, et principalement portée par une poignée de productions. Une image plus positive des personnes trans s’est développée récemment, qui contraste avec les représentations stéréotypés et négatives visant particulièrement les femmes trans lors des dernières décennies.

Source : https://www.glaad.org/publications/victims-or-villains-examining-ten-years-transgender-images-television et https://questions.tf/2020/01/12/entre-punition-et-alterisation-mediatiser-les-femmes-trans-pour-decourager-les-transitions/

« Les transactivistes veulent forcer les enfants à changer de sexe ; Ils sont trop jeunes pour décider » ; « les hormones et les bloqueurs de puberté c’est dangereux » ; « ils font de la propagande auprès des enfants » : là encore les variantes présentant la transidentité comme une menace pour les enfants sont innombrables.

Pourtant, il n’en est rien : les parcours de transition en France comme à l’étranger sont extrêmement encadrés. S’ils étaient par le passé une violence infligée à l’enfant (déni, thérapies de conversion), ces parcours se tournent à présent vers plus de respect et d’écoute. Cela n’implique aucunement de forcer quoi que ce soit, au contraire, mais de donner le temps.
https://www.upress.umn.edu/book-division/books/histories-of-the-transgender-child

Pourquoi "débunker" les arguments anti-trans ?

La montée de l’argumentaire anti-trans est un phénomène encore limité qui s’inscrit en réaction aux divers avancées en faveur des personnes trans au cours de la dernière décennie.

Ces avancées, même si elles restent encore insatisfaisantes, incluent l’évolution du droit (loi de 2016 facilitant le changement de prénom et de sexe à l’état civil), l’accès accru à l’information (notamment grâce à internet) et aux traitements médicaux. Cette réaction transphobe est aussi et surtout le résultat d’une plus grande médiatisation du sujet depuis quelques années, que ce soit via la fiction ou des personnalités trans.

Ainsi la transitude (appelée aussi transidentité ou parfois transsexualité, quoique ce terme parfois critiqué pour son origine médicale) est présentée comme un sujet nouveau qui illustrerait le dévoiement des combats progressistes – notamment féministes.

Pourtant ces idées, discours et actes ancrent leur racines dans un héritage réactionnaire homophobe et anti-féministe : les arguments transphobes (eux mêmes aussi anciens que l’existence des personnes trans) sont souvent une reprise de ceux que l’on oppose au gays et lesbiennes depuis des décennies.

Les ingrédients sont toujours les mêmes : de fausses évidences, un bon sens issu de croyances et biais socioculturels, un argumentaire pseudo-scientifique, des faits divers montés en épingle pour en tirer des généralités validant leur idéologie.

Cette rhétorique s’inscrit surtout dans une instrumentalisation des interrogations et des peurs que suscite la transidentité

C’est un sujet dont le grand public partage encore une vision très fantasmée, loin de la réalité des vies des femmes et hommes trans. Dans ces circonstances, quoi de plus simple que de camoufler les attaques envers les personnes trans derrière des « préoccupations légitimes » et contre une prétendue menace « transactiviste ».

Sous couvert de protéger des populations présentées comme vulnérables – les femmes et les enfants – les militants anti-trans s’évertuent à présenter comme une menace et rendre impossible la vie d’enfants, hommes et femmes trans aux conditions d’existence déjà souvent difficiles en raison des discriminations subies au quotidien.

Ils usent d’une stratégie du coup d’éclat, du choc et du clash permanent pour se donner une visibilité sur les réseaux sociaux et se prétendre au cœur des débats féministes alors qu’il s’agit d’une frange minoritaire dans laquelle ne se reconnait pas l’immense majorité des associations et mouvements féministes.

Le manque d’information autour de la transidentité dans la population en général est un de leurs atouts principaux.

Peu importe que leurs propos soient absurdes ou contradictoires, nient la réalité en se basant sur des raccourcis, des faits divers tronqués ou déformés, soient complaisants avec des théories conspirationnistes, antisémites, ou usent elles mêmes de méthodes confusionnistes et s’allient avec des mouvements conservateurs et antiféministes, tant que leur idées font du bruit en bien ou en mal, ouvrent le « débat » qu’ils appellent de leur voeux et se répandent dans la société.

Les arguments dénoncés ici ne sont donc pas tous brandis ni articulés par tous de manière uniforme. Les activistes transphobes ne sont pas un mouvement uni. Certaines remarques sont simplement courantes parmi la population encore marquée par des fantasmes, et servent de point d’ancrage pour des discours plus militants. Mais il faut toujours reconnaître les racines de ces réflexions, et leur intégration chez certains dans un schéma de pensée dangereux.

Comme les autres discours confusionnistes, la narration y est plus importante que les faits.

Le récit fait « ciment » à des faits disparates et donne sa force au discours. Aisément compréhensible et assimilable, suscitant l’empathie pour les présentées victimes (et la haine contre les présentées coupables) mais apportant aussi une explication simple à des réalités méconnues, ces récits rassurent ceux qui les inventent comme ceux qui les lisent.

Non seulement ils valident des pensées intuitives souvent biaisées et deviennent des antidotes à la peur de l’inconnu mais ils donnent aussi le sentiment de savoir sur quoi (ou plutot contre qui) agir et de pouvoir reprendre le contrôle sur leur vie : l’oppresseur supposé identifié et désigné, il suffit alors de le combattre.

 

Nous rions parfois de tant d’inepties quand à nos vies et nos supposés super-pouvoirs… mais c’est davantage l’inquiétude qui nous étreint le plus souvent à la vue de leur diffusion.

Car si ces dernières restent pour le moment le propos d’une frange radicalisée assez isolée, les exemples anglais et états-uniens nous prouvent que leurs effets peuvent être réellement négatifs sur nos droits et nos vies et plus largement ceux de l’ensemble de la communauté LGBTQI et des femmes.

Ainsi en France, on voit les attaques se multiplier contre le Planning Familial dès que localement une initiative est prise pour l’accueil des personnes trans, venant de personnes qu’on ne voit pas soutenir l’association face à la question urgente de la baisse de ses ressources.

En Grande-Bretagne, des soi-disant féministes ont salué l’interdiction des inhibiteurs de puberté alors que l’affaire avait été plaidée par un célèbre avocat engagé dans la lutte contre l’avortement, et que la décision risque de remettre en cause la « compétence Gillick », une jurisprudence qui permet aux mineures britannique d’accéder à l’avortement et la contraception sans l’accord de leurs parents.

L’enjeu de ces arguments transphobes est de déshumaniser les personnes trans pour mieux leur refuser ou leur retirer des droits civiques.

Nier notre humanité à coup de querelle métaphysique ou sémiologique distrait et antagonise pour empêcher l’égalité légale et réelle. Car derrière l’agitation du spectre du « transactivisme » se trouvent les influences et ressorts de discours évangélistes conservateurs, d’extrême-droite, racistes et antisémites usant de stratégies de la peur pour dénier aux minorités leur droit d’exister.

Leur recette est toujours la même : agiter le spectre d’une menace culturelle, créer des « paniques morales » artificielles au sein de populations déjà souvent en situation d’oppression et de fragilités socio-économiques pour leur faire détourner le regard des vrais oppresseurs (les exploiteurs patriarcaux et capitaliste).

Les réactions contre les luttes pour les droits des personnes trans doivent donc aussi être replacées dans le cadre d’un énième effort conservateur de sauvegarde de « la famille » et de « l’enfant » selon un modèle capitaliste et de domination des minorités de genre, de classe et de race.

Ainsi peut-on lire selon le sociologue Emmanuel Beaubatie la situation actuelle comme « un conflit entre populations dominées »

« Parce qu’elles sont opprimées, certaines féministes se sentent aisément menacées et s’en prennent à d’autres femmes – ici, les femmes trans’ – plutôt qu’aux réels oppresseurs.

C’est pour cette raison que l’héritage des luttes et études féministes est si important dans des moments comme celui-ci. Cet héritage rappelle quel est l’ennemi à combattre, tout en mettant en lumière la diversité des femmes et leurs trajectoires singulières. Il nous (ré)apprend aussi que des organes génitaux ne suffisent pas à faire le genre et qu’il nous appartient de briser le cercle vicieux du symbole qui leur est attribué et qui coûte encore tant aux femmes.

Pour autant, il ne s’agit pas non plus de rêver à un monde dans lequel le genre n’existerait plus ou dans lequel il existerait autant de genres que de personnes. Toujours plus populaire, ce type de discours libéral est sans doute le plus mortifère de tous car il désarme brutalement la critique de la domination masculine. Face à cela, une autre voie s’offre à nous : celle d’un mouvement féministe pluriel. »

 

Aussi, nous féministes, souhaitons que soit dépassé ce « débat » qui n’en est pas un mais nous divise.

Nous souhaitons au plus vite sortir de l’ornière dans laquelle nos oppresseurs se félicitent que nous soyons.

Nous souhaitons retrouver le chemin des véritables combats émancipateurs aux bénéfices de tous, pour toutes les femmes, pour l’égalité de toutes.

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